Jean Dommanget

CELEBRATION DU CINQUANTIEME ANNIVERSAIRE DU COMITE
Maison d'Erasme, le 4 mai 1999
Discours du Président

 

La célébration du Cinquantième anniversaire du Comité Belge pour l'Investigation Scientifique des Phénomènes réputés Paranormaux ne pouvait avoir lieu sans la présence d'une assemblée intéressée par l'action qu'il a menée au cours de ce demi-siècle. Aussi en envoyant nos invitations, étions-nous quelque peu inquiets de connaître l'accueil qui leur serait fait. Heureusement votre assistance répond parfaitement à nos espoirs. C'est pourquoi, au nom du Conseil d'Administration du Comité, je vous remercie tous vivement d'être ici présents aujourd'hui.

Comme la plupart d'entre vous ne connaissaient pas le Comité, ni dès lors son activité, un petit mot d'information a été joint à la lettre d'invitation que nous vous avons adressée.

Mais, c'est dans l'ouvrage

LA SCIENCE FACE AU DEFI DU PARANORMAL

édité chez QUORUM - que nous vous offrons - que vous trouverez tous les détails non seulement sur l'histoire du Comité et sur ses activités mais aussi sur les origines du mouvement sceptique en Belgique. Cet ouvrage est aussi l'occasion de traiter quelques croyances relevant du paranormal auxquelles le Comité s'est intéressé et d'exposer quelques expériences qu'il a menées. Celui-ci ne prétend donc pas être un ouvrage sur le paranormal car il ne couvre pas tous les aspects de ce phénomène social, mais se propose comme ouvrage de réflexion sur ce dernier.

Vu donc que vous n'avez pas encore pu prendre connaissance de son contenu, je crois utile de rappeler très brièvement ce que l'on pourrait appeler le profil du Comité en vue peut-être de mieux introduire le "débat / échange de vues" que nous souhaiterions voir se développer ensuite sur:

L'ATTITUDE À ADOPTER DEVANT LA MONTÉE DE L'IRRATIONNEL

échange de vues qui sera animé par Monsieur Paul DANBLON que je ne me permettrais pas de présenter vu qu'il est bien connu de tous, surtout dans les divers milieux qui nous concernent aujourd'hui. Permettez-moi toutefois de le remercier dès maintenant d'avoir bien voulu accepter cette tâche avec enthousiasme.

Bien que prenant son essor officiel en 1949, par la création du Comité, le mouvement sceptique se développa en Belgique bien plus tôt dans les années trente grâce à l'inlassable activité du Prof. A.BESSEMANS, Dr en médecine et ancien recteur de l'Université de Gand qui s'opposa par tous les moyens, à la diffusion des croyances dans le paranormal, particulièrement dans son domaine professionnel.

Ce fut une action encore timide, mais bientôt, après guerre avec d'autres personnalités du monde scientifique belge, il y eut convergence vers la constitution d'un groupe dont firent partie entre autres le Dr. A.HOUGARDY, médecin légiste et chef de service au Ministère de la Santé Publique, le Prof. ém. Paul M.G.LEVY, Conseiller au Rapatriement, qui avait eu le pénible et triste privilège de vivre activement le problème de la recherche des disparus de la guerre, R.H. DEGUENT, Directeur de l'École de criminologie, S.AREND, Astronome, Chef de Service à l'Observatoire Royal de Belgique et de bien d'autres. Le professeur LEVY, Président d'Honneur de notre Comité ici présent et que je salue, raconte d'ailleurs dans notre ouvrage, comment pour faire pièce aux prétendus pouvoirs des charlatans, voyants et astrologues se proposant d'aider (ou plutôt d'exploiter) les familles, il organisa une campagne de déstabilisation de ce milieu.

Ce groupe, créé en ASBL le 4 juin 1949, prit pour devise:

NE RIEN NIER A PRIORI, NE RIEN AFFIRMER SANS PREUVES

C'étaient donc de vrais humanistes car une telle devise ne pouvait être celle de sectaires mais bien de personnes ouvertes à la discussion loyale. Il ne vous étonnera pas dès lors que nous ayons choisi la Maison d'Erasme pour célébrer le cinquantième anniversaire de sa fondation. Cette période d'après-guerre fut une sorte de sursaut, une sorte de réaction à la situation dramatique que nous avions connue au cours des tristes années que l'on venait de vivre. Elle fut l'expression du désir de créer de nouvelles choses, de nouvelles tendances, l'expression d'un renouveau de la société. Lorsque l'on comprime un ressort au-delà de toute limite raisonnable, on doit s'attendre au moment de relâcher la pression, à une détente également hors de proportions.

Aussi tout le monde voulait apporter sa pierre à l'édification d'un monde juste et d'une société conviviale et active. Cette période d'immédiat après-guerre a ainsi connu le développement de nombreuses initiatives dans tous les domaines. On remarque d'ailleurs depuis quelques mois que l'on célèbre de nombreux "cinquantièmes anniversaires" dans notre pays.

J'en veux seulement pour exemples, cités pêle-mêle - et pardonnez-moi, de le faire de manière assez hétéroclite - en l'absence donc de tous liens éventuels entre eux si ce n'est qu'ils eurent en commun, le creuset de cet engouement que la guerre avait fait naître pour la création de choses nouvelles:

  • les 24 heures de Francorchamps les 4-5 juillet 1947
  • la Déclaration Universelle des droits de l'Homme en 1948
  • la loi accordant le droit de vote aux femmes le 26 juillet 1948
  • la naissance de la "deux-chevaux"
  • la revue Paris-Match
  • la Convention de Genève sur la circulation automobile et l'instauration de la priorité à droite généralisée,
  • l'Union Internationale pour la conservation de la nature en novembre 1948
  • les Villages d'Enfants SOS Belgique, créé par Hermann GMEINER en 1949
  • la création du Conseil de l'Europe à Londres en 1949
  • l'adoption de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à Rome en 1950
  • le Scrabble
  • l'OTAN dont on fête l'anniversaire aujourd'hui même par une réunion au siège de l'institution, dans un contexte international malheureusement dramatique
  • les midis de la poésie

et pourquoi ne pas citer aussi d'autres réalisations dans un domaine quelque peu frivole tels que:

  • le LIDO.

Un mouvement semblable s'observa après la première guerre mondiale au sujet duquel je ne citerai qu'un exemple mais de taille: la création en 1919 des diverses Unions Scientifiques Internationales.

Même le mystérieux s'en mêla avec les apparitions à Banneux en janvier et à Beauraing en avril 1949 et malheureusement aussi le retour en force des croyances dans le paranormal.

Or, la période était difficile, en particulier du point de vue des séquelles de la guerre dont les plus importantes résidaient dans la recherche des disparus. C'est dans cette ambiance que naquit le Comité. Il joua alors un rôle important pour dénoncer les pratiques charlatanesques des voyants extorquant de l'argent aux familles éplorées sans leur rendre le service qu'elles attendaient d'eux.

Il fut amené ensuite à se lancer dans une continuelle dénonciation du paranormal par des expériences de toutes natures et de longue haleine: des expériences de localisation sur plan par radiesthésie ou voyance, l'Effet Mars, le Signal du Sourcier, la participation à des émissions de télévision, (notre ami Paul DANBLON s'en souviendra), la collaboration avec des professeurs de morale de l'enseignement secondaire, les réactions devant les informations farfelues parues dans la presse ou à la télévision, les réactions aussi auprès d'autorités diverses (commission Verwilghem, Gendarmerie) devant l'usage (à nouveau) de voyants et radiesthésistes pour la recherche des enfants disparus, etc. Et tout cela avec des moyens pourtant modestes.

Il ne faudrait pas s'étonner que les événements dramatiques dont les échos nous parviennent depuis plus d'un mois des Balkans, seront l'occasion pour les voyants de tout acabit de relever la tête pour tenter de faire prospérer leurs pratiques et ajouter à la détresse de ceux qui souffrent, l'exploitation de leurs moyens financiers.

Il faudra donc être très vigilant pour que ne se reproduise ce que l'on connut dans l'immédiat après-guerre et même tout récemment avec les nombreuses disparitions d'enfants.

Aujourd'hui, nous sommes toujours prêts à organiser ou à participer à des expériences intéressantes pour vérifier les prétentions des adeptes des sciences occultes. Nous n'avons pas oublié ce que répétaient plusieurs membres - fondateurs du Comité à la fin de chacune des 13 conférences qu'ils firent aux micros de l'INR et de la NIR en 1953:

Qu'on nous soumette donc des faits précis ou un programme d'expériences simples et se prêtant à répétition, les uns et les autres parfaitement contrôlables; nous nous engageons à publier, quels qu'ils puissent être, les résultats de notre examen.

Toutefois nous ne sommes pas prêts non plus à répéter des expériences mille fois refaites dans le monde entier sans rien prouver.

Avant d'aller plus loin, je voudrais saluer ici la présence de deux personnalités belges représentants le Comité frère néerlandophone SKEPP dont la création remonte à 1990 mais dont les racines plongent plus loin dans le passé, montrant que la réaction à la montée de l'irrationnel s'est développée dans les deux communautés linguistiques sans doute avec des moyens et des conceptions parfois différentes, mais tout aussi efficaces. Nous saluons entre autre l'action du professeur W.BETZ dans son combat contre la reconnaissance de certaines médecines parallèles comme le voulait le Ministre M.COLLA. Nous avons d'ailleurs ouvré dans ce sens en adressant au ministre une lettre ouverte qui a fait l'objet d'une publication dans certains journaux.

Malheureusement, la loi vient d'être votée dans la hâte. Je noterai cependant ce commentaire de Philippe MAHOUX (P.S.): La reconnaissance n'attribue pas un label scientifique à ces pratiques. Ce n'est d'ailleurs pas au politique de vérifier l'efficacité tant des médecines parallèles que de la médecine traditionnelle. Mais alors pourquoi avoir voté cette loi contre l'avis des médecins? A quand donc la reconnaissance de l'astrologie, de la radiesthésie, de la voyance et pourquoi pas de l'incroyable numérologie?

La manifestation de ce jour aurait pu comporter une série d'exposés sur le paranormal et la sociologie du phénomène. Mais nous avons pensé qu'une journée d'étude de ce genre - bien que parfaitement intéressante en soi et que l'on pourrait organiser à d'autres occasions à condition de disposer des moyens adéquats - ne fait pas progresser substantiellement notre défense de la science. A quoi cela sert-il en effet de vouloir convaincre une assistance déjà majoritairement convaincue par des exposés qui ne touchent pas le grand public? Par contre un débat sur les actions à mener pour défendre les conceptions scientifiques devant le paranormal nous a paru plus utile à condition qu'il débouche sur quelque chose de concret.

C'est pourquoi cette manifestation ne doit pas être une fin en soi et l'expression d'un certain nombrilisme. Elle doit au contraire être un regard sur le passé pour organiser l'avenir.

Elle devrait être l'occasion de nous pencher sur la situation présente de

la Science face au défi du paranormal

et de mieux nous organiser pour la défendre.

Ce qui nous semble manquer surtout actuellement est une information saine et organisée plus particulièrement en direction de la jeunesse dont les croyances dans le paranormal sont effarantes. Il est décevant, par exemple - comme nous venons encore de le vivre tout récemment - après avoir passé une heure et demie avec une vingtaine d'élèves attentifs à nos démonstrations sur les incohérences des prévisions de Nostradamus - lors d'un cours de morale auquel nous étions conviés - de constater qu'au cours d'une émission de télévision quelques jours plus tard, un prétendu spécialiste de la question vient affirmer devant des centaines de milliers de téléspectateurs - sans démonstration évidemment - tout juste le contraire sans que l'on puisse réagir.

Comment dès lors avoir le poids nécessaire pour informer les jeunes et les prémunir de croyances ancestrales?

Aussi c'est dans cet esprit que nous espérons voir se développer nos échanges de vues sous la houlette de M. Paul DANBLON que je remercie encore non seulement de nous avoir rejoint, mais surtout d'avoir accepté avec un réel enthousiasme notre invitation à remplir ce rôle.

Mais avant cela, permettez-moi de passer la parole à notre Président d'Honneur M. le Professeur émérite Paul M.G.LEVY dernier membre fondateur en vie du Comité, que je ne vous ferai pas l'injure de présenter non plus, vu sa renommée nationale et internationale.