Paul M.G. Levy |
CELEBRATION DU
CINQUANTIEME ANNIVERSAIRE DU COMITE |
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Lorsque, voici cinquante ans le recteur BESSEMANS et le docteur HOUGARDY m'associèrent à leur entreprise, j'étais un modeste statisticien, un apprenti sociologue mais, comme eux, je ressentais d'impérieuses contraintes morales. Nous sortions en effet de la guerre et nous étions vainqueurs. Mais on ne célèbre pas de victoire sans pleurer des morts. Le correspondant de guerre que j'étais aussi, était obsédé par le problème des disparus... J'assurais à la radio la chronique dominicale du rapatriement. Il y avait de terribles vides parmi ceux que nous recherchions en Europe Centrale. Les nazis avaient consciencieusement accompli leur tâche. NACHT UND NEBEL, NUIT ET BROUILLARD: les disparus étaient nombreux. Or, comme le recteur BESSEMANS et le docteur HOUGARDY l'avaient constaté dans le domaine de la médecine, des devins, des radiesthésistes, des cartomanciens se conféraient des pouvoirs surnaturels et se faisaient forts de résoudre le problème des disparitions en rassurant les familles, en précisant si leurs parents avaient disparu à jamais ou si des espoirs existaient encore de les retrouver vivants et où ils se trouvent. Parmi ces prétendus clairvoyants, il y avait beaucoup de désintéressés mais il y avait aussi des profiteurs de l'angoisse... Mais combien étaient-ils et comment les dénoncer? C'est pourquoi, je fis appel à mon ami le professeur Guillaume JACQUEMYNS de l'Université Libre de Bruxelles, directeur de l'Institut d'information sociale et économique. Il était le spécialiste des sondages - et l'un des premiers en Europe. Il avait pris contact avec Gallup aux États-Unis. Il lui avait conté comment en automne 1940, le SS Hans FRANK de la Gestapo m'avait interrogé à la prison de Saint-Gilles au sujet des sondages d'opinion publique. La matière semblait entièrement nouvelle pour le policier nazi. Dix ans avaient passé et je proposai donc au professeur JACQUEMYNS une enquête par sondage pour mesurer la confiance que le public accordait aux recherches des radiesthésistes. L'enquête eut lieu. Elle fut publiée. Nous fûmes effarés! Questions:
De 40 à 50% des interviewés croyaient à ces possibilités paranormales, les hommes étant plus crédules que les femmes; 15 à 18 % croyaient que la mort et la vie pouvaient être décelées à distance. Il en était de même pour la localisation des absents. On découvrait aussi un important manque de confiance dans ces localisations. Malgré cela les recours aux charlatans restaient fréquents... Certains radiesthésistes prétendirent avoir de nombreux résultats positifs. Je leur formulai un défi: le Bureau International de Recherches des Disparus créé à Genève puis transféré à Arolsen (République Fédérale d'Allemagne) traitait des demandes pour plusieurs millions de disparus. Je promettais de faire engager à vie ceux qui prouveraient la qualité de leurs travaux. Ce fut la débandade, ce fut l'échec... Il fallait donc préserver les familles des disparus de faux espoirs et de nouvelles angoisses basées sur des chimères. Il fallait faire stopper l'exploitation de ces espoirs. Notre Comité pour l'Investigation scientifique des phénomènes réputés paranormaux récemment constitué se devait d'agir. Il fallait trouver le chemin de la vérité - obsédés que nous en étions - comme ERASME il y a plus de cinq siècles. Dans la toute dernière lettre qu'il écrivit de Bâle le 28 juin 1536 à son ami GOCLENIUS du Collège des Trois Langues de l'Université de Louvain, il conclut: Ah! si le Brabant n'était pas si loin! Or, pour lui, le Brabant c'était ici. C'était Anderlecht. La prodigieuse campagne qu'il avait appréciée physiquement et moralement. Il s'éteignit quelques jours plus tard, dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536. Mais alors que cette belle campagne n'est plus... il s'y trouve toujours des obsédés de la vérité décidés à défendre cet humanisme que Erasme sut faire rayonner par son appétit d'authenticité et son horreur des superstitions. Nous voulons être parmi ces obsédés.
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